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Pouvoirs & Villes : comment l’urbanisme d’Alger met en scène la lutte politique et redessine la capitale

ALGER – Morphologie, architecture, rapports de force : la capitale algérienne se lit comme un palimpseste politique.

 À chaque régime, ses grands chantiers, ses marques symboliques et ses oppositions sociales. En s’appuyant sur la notion d’« épreuve de l’espace » théorisée par Henri Lefebvre, cette analyse dévoile comment l’urbanisme devient un instrument de légitimation, un terrain de conflits et un miroir des idéologies successives.

1. L’espace public : théâtre d’une bataille de symboles

  • Marquage politique : chaque pouvoir édifie monuments, équipements stratégiques ou avenues-vitrines pour affirmer sa vision.
  • Logique de rupture : les nouveaux projets cherchent à effacer ou re-signifier les traces des régimes précédents, tout en négociant des continuités.

2. « Présidents-bâtisseurs » : décisionnel vertical et projets XXL

PériodeLeaderSignature urbaineObjectifs affichés
1960-70Houari BoumedièneCampus universitaire d’Alger, ensembles de logements collectifsJustice sociale, modernité socialiste
1999-2019Abdelaziz BouteflikaGrande Mosquée d’Alger, Autoroute Est-OuestUnité nationale, rayonnement international
2019-2025Transition & HirakProjets de requalification (front de mer, Casbah)Rééquilibrage territorial, apaisement social

Le processus reste extralégal : dérogations, agences ad hoc, calendrier électoral compressé.

3. Réception sociale : entre adhésion et contestation

  • Classes moyennes & aisées : valorisation résidentielle dans les quartiers prestigieux, appropriation des nouvelles centralités.
  • Mouvements citoyens : dénonciation de l’expropriation, de l’exclusion et des écarts de financement public (Hirak 2019, collectifs Casbah, syndicats).
  • Effet miroir : plus le projet est grandiloquent, plus il révèle la tension entre slogans d’équité et pratiques clientélistes.

4. Autoritarisme, hégémonie ou néopatrimonialisme ?

  • Domination négociée (Hibou), hégémonie mouvante (Belalloufi) : pouvoir fondé sur compromis et distribution de rente.
  • État néopatrimonial (Sidi Boumedine) : réseaux quasi-lignagers, privatisation des instruments publics, couplage avec le discours PPP/IDE.
  • Contestation modulée : répression, instrumentalisation ou tolérance selon conjoncture (Octobre 1988, Hirak 2019).

5. Une capitale en mutation permanente

  1. Grands équipements : mosquées, musées, tours mixtes.
  2. Actions diffuses : requalification des façades, extensions routières, lotissements périphériques.
  3. Impact spatial : étalement urbain, ségrégation socio-spatiale, gentrification sélective, fragmentation du front littoral.

B. Abdelouahab

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